Classes sociales chez les Celtes
On a souvent décrit les celtes comme une société par essence violente, faite de bagarres (pour des histoires de poisson pas frais dans certaines bandes dessinées), de conflits tribaux, et de moeurs douteuses. La raison de cette incompréhension tient plutôt à une certaine méconnaissance, ou à une volonté ethnocentriste d'examiner des faits historiques à l'aune de nos propres préjugés culturels.
Certes, il y avait des sacrifices humains dans la religion celte. Outre que ceux ci étaient devenus rares au moment de la conquète romaine, on ne sacrifiait en général que des prisonniers de guerre ou des criminels. En outre, il n'apparaît pas plus choquant de sacrifier un criminel à ses dieux que de bruler un simple "hérétique" au nom d'un autre.
Jamais les celtes n'ont tué au nom du paganisme druidique : le fanatisme religieux est un phénomène monothéiste, lié à la structure intrinsèquement close du discours de ce type de religion, fondé sur un principe moniste et exclusif : s'il n'y a qu'un seul Dieu (avec un "D"), c'est que c'est forcément le meilleur, et pour tout le monde...Léon Poliakov, dans son Histoire de l'antisémitisme, fait remarquer que le monde chrétien se voulait dès les origines bati sur la morale d'un texte pronant l'amour du prochain, le partage, et le rejet de la violence, alors que l'Islam, par le Coran, disposait d'un texte au contenu plus vindicatif, plus conquérant, guerrier et pronant la Djihad. Pourtant, c'est en occident que le fanatisme et l'intolérance apparurent en premier lieu. Les massacres et les pillages qui accompagnèrent les croisades en sont le témoin.
Après cette parenthèse, dévelloppons les classes sociales de cette société....
elle était divisée en trois ordres, trois fonctions : spirituelle, guerrière, et productrice. Toutes avaient un rôle bien défini, mais n'étaient pas forcément hermétiques. La société n'était pas sclérosée, et il était possible à un paysan de devenir noble ou druide.
1- la classe productrice
| Cette "classe" productrice restait assez silencieuse, sinon soumise, mais il ne s'est en aucun agi d'esclavage ou même de servage. Si certains détenaient la réalité du pouvoir politique, les artisans et cultivateurs n'en étaient pas moins très estimés pour leurs compétences, surtout si l'on a l'esprit les qualités de ces artisans celtes, dont les productions qui s'apparentent à de véritables oeuvres d'arts iront bien au delà de la zone de population, et souvent au delà des limites de l'Europe. |
2 - La classe guerrière
Dans l'importance matérielle, la classe guerrière arrivait en tête : soumise à des attaques régulières, la survie de chaque "cité" gauloise dépendait de cette élite armée. Les celtes construisaient pour se défendre des forteresses, "oppida", ou se regroupait l'ensemble de la tribu, ou encore des forts ou des places fortifiées à vocation uniquement militaires.
La Tribu avait à sa tête un roi ("Rix", "Ri" en gaëlique) généralement élu par les nobles, au moins dans la période la plus ancienne de la monarchie, sous le contrôle des druides. Le pouvoir politique résidait entre ses mains, mais n'avait rien d'absolu : le roi aussi était soumis à de nombreuses règles, interdits ou obligations à caractère magique, qui encadraient ce pouvoir. Et la violation de ces interdits entrainaient souvent la perte du pouvoir pour ce roi...
Le roi celte n'avait de pouvoir que politique, la sphère religieuse restant totalement hors de son empire. Maître de ses guerriers et de ses clients, le pouvoir spirituel ne lui était en aucun cas soumis, au contraire. Le chef devait souvent s'incliner devant la volonté des druides.
L'organisation hiérarchique se présentait de manière assez classique, chaque roi ayant à son service un certain nombre de nobles, chacun d'entre eux pouvant compter sur la fidélité d'un certain nombre "d'ambacts" (guerrier fidèle du noble).
3 - L'importance de la classe sacerdotale
Au plan religieux, la société celte présentait sans doute autant de subtilités et de particularismes locaux qu'il y avait de tribus. Les peuplades celtes avaient outre un panthéon commun, un certain nombre de dieux locaux, souvent hérités des peuplades antérieures.
Ce qui caractérise sans doute les celtes au premier chef est leur profonde spiritualité, et la prédominance de la classe sacerdotale dans la vie politique, qui était en grande partie comprise dans son aspect spirituel.
Le druidisme marquait en fait profondément tous les esprits, et la religion conditionnait l'organisation politique de la tribu. En effet, le personnage de premier plan au sein de la tribu était sans doute le druide, représentation terrestre des Dieux. Peut-être plus que celle chef, sa parole était respectée, car même si le roi détenait le pouvoir de décision, l'autorité morale du druide était immense ; il est probable que rien ne se faisait contre son avis.
Les interdits religieux régissaient donc aussi la vie sociale. L'un d'entre eux, notable, a fait couler beaucoup d'encre : l'interdiction de l'écrit. Les celtes considéraient en effet la tradition orale comme signe de la vie, de l'évolution du savoir, et la fixité de l'écrit, son intangibilité se trouvait être assimilée à la mort. L'écriture était donc prohibée pour quoi que ce soit, vie spirituelle comme matérielle. Il ne faut pas voir là une quelconque infériorité culturelle : il exista bien un alphabet celte tardivement en Irlande, dit alphabet oghamique (du dieu Ogma), mais son utilisation était reservée à certaines rares hypothèses : inscriptions funéraires, certaines formules sacrées... C'est pourquoi au contraire des sociétés romaines ou grecques, le monde celte nous est si mal connu.